Le Président
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20.11.2002 Conférence de presse
Aujourdhui, plus de 4 ans après la publication de ces décrets, force est de constater quils ne sont pas appliqués faute de moyens alloués pour leur mise en oeuvre. On peut dire aujourdhui quaucune des maternités françaises nest en conformité avec les textes réglementaires.
Les données rendues publiques récemment sont assez inquiétantes car elles semblent indiquer une régression de la santé périnatale.
Le premier indicateur concerne la prématurité. On observe en 2001 une augmentation du taux de prématurité qui est passée de 6,8 % en 1998 à 7,2 % en 2001. Surtout, du fait de laugmentation importante du nombre de naissances dans la même période de 740.000 à 778.000 le nombre absolu de naissances prématurées est passé de 21.000 à 33.000.
Cette augmentation du nombre de prématurés évolue de manière inverse à la capacité daccueil dans les services de médecine néonatale qui nont pas assez de lits. Cette difficulté saggrave de manière aiguë pendant lété où près de 30 % des lits ferment faute de personnel. Ceci a aboutit à une diminution des enfants qui naissent dans la structure adaptée à leur degré de prématurité. En 1999, le taux de grands prématurés naissant dans une maternité comportant une réanimation néonatale (de niveau 3), était de 80 %. Il nétait plus que de 70 % en 2001. Or, le fait de ne pas naître dans la structure adéquate saccompagne dune augmentation des complications et de la mortalité pour les nouveau-nés prématurés.
Dans la même période on observe également une augmentation dautres indicateurs : les grossesses multiples, cause dune part importante de la prématurité et dautres complications périnatales, et les césariennes qui augmentent régulièrement, de 16,3 % des accouchements en 1998 à 18,3 % en 2001.
La France est par ailleurs assez mal située par rapport aux autres pays dEurope en ce qui concerne la mortalité maternelle par hémorragie. Si le taux global de mortalité (environ 10 pour 100.000) nest pas très différent de la moyenne Européenne, en revanche, les décès par hémorragie représentent près de 30 % des cas en France et moins de 10 % en Grande-Bretagne. Les rapports du Comité National dExperts sur la Mortalité Maternelle montrent que plus de 80 % de ces décès par hémorragie auraient pu être évités par un diagnostic et une prise en charge plus rapides.
Labsence de moyens accordés à lapplication des décrets de périnatalité et les difficultés dorganisation des services qui en découlent ne sont sans doute pas étrangers à ces évolutions de la santé périnatale.
Limage positive pour le public de la maternité et de laccouchement, ne reflète pas lambiance qui règne actuellement parmi les professions qui en ont la charge : gynécologues-obstétriciens, sages-femmes, pédiatres de maternité, anesthésistes de maternité Toutes ces professions ont en commun une pénibilité croissante du fait :
Deux difficultés majeures attendent les femmes enceintes à très court terme :
1. De nombreux gynécologues-obstétriciens ont déjà abandonné leurs activités les plus "à risque" : le suivi des grossesses et des accouchements ainsi que léchographie ftale.
À lorigine de ces abandons, les difficultés dassurance des médecins : malgré la proposition de loi récente concernant lindemnisation du dommage sans faute médicale par la solidarité nationale, les primes dassurances des médecins qui pratiquent lobstétrique et léchographie prénatale vont augmenter de manière démesurée atteignant parfois plus que le doublement de tarifs déjà très élevés.
Dautres médecins attendent de connaître le montant des primes dassurances qui leur seront demandées pour se décider à poursuivre ou non leur activité au premier janvier.
Dans certaines régions où les médecins assurant ces activités étaient peu nombreux, il devient pratiquement impossible dobtenir un rendez-vous dans les délais normaux de réalisation des échographies prénatales ou de bénéficier dun suivi normal de la grossesse.
2. Le fonctionnement des hôpitaux publics ne permet pas dassurer à leurs maternités les moyens de remplir leurs missions : de nombreux postes de médecins accoucheurs, pédiatres et anesthésistes de sages-femmes, dinfirmières et de puéricultrices ne sont pas pourvus. Les décrets de périnatalité de 1998 nont pas été appliqués, faute de moyens attribués. Lactivité daccouchements occupe les personnels et les lits dhospitalisation, rendant impossible la poursuite dautres activités telles que la chirurgie, la fécondation in vitro ou les IVG. Les chefs de service de ces maternités menacées de devenir "accouchoirs", ont décidé de démissionner de leurs fonctions si des mesures de sauvegarde nétaient pas très rapidement décidées.
Sans parler de la vétusté et de linconfort dune majorité de maternités publiques, la sécurité de la mère et de lenfant nest plus assurée faute de moyens dans lensemble des établissements et les chefs de service ne peuvent plus être les seuls à en assumer la responsabilité.
Dautres difficultés persistent de manière chronique, comme le manque de lits de maternité et surtout de réanimation pédiatrique qui rend souvent impossible le fonctionnement en réseau basé sur le transfert "in utero" dun grand prématuré avant laccouchement plutôt quaprès la naissance. Cette surcharge chronique des services de néonatologie devient encore plus critique en période de vacances et avec lapplication de la réduction du temps de travail.
Devant labsence de solutions concrètes pour résoudre les difficultés rencontrées par les femmes enceintes et ceux qui accompagnent leur grossesse, lensemble des professionnels de la naissance organisent les Etats Généraux de la Naissance sous légide du Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français.
Cette entreprise a pour but de réunir dans une grande session publique des usagers (les femmes enceintes elles-mêmes), des professionnels de la grossesse et de la naissance (obstétriciens, sages-femmes, pédiatres, anesthésistes, infirmières, puéricultrices ), des représentants des pouvoirs publics et des représentants des médias.
Cette session publique aura lieu au mois de juin 2003 et sera précédée des travaux préparatoires de groupes de réflexion sur les grandes questions posées par le comité dorganisation. Ces groupes sappuieront sur des textes rédigés par des experts de chaque thème abordé selon une méthodologie proche de celle qui prévaut dans lorganisation des conférences de consensus.
Les objectifs de ces Etats Généraux sont de permettre, par la participation de responsables politiques, des usagers et des médias dans ce débat public, une prise de conscience collective des difficultés rencontrées par la Maternité en France. Des propositions de solutions concrètes doivent être formulées en évitant lécueil de mesures inapplicables en pratique (telles que les décrets de périnatalité).
1. Comment naît-on en France ?
Létat des lieux des difficultés et dysfonctionnements
Modifications des pratiques induites par la pénurie de professionnels
Que reste-t-il des décrets de périnatalité de 1998 ?
Alternatives aux décrets de périnatalité ?
2. Sécurité de la naissance
Sécurité / proximité et technicité / humanité : limpossible équilibre ?
Organisation des établissements
Regroupements de maternités. Regroupements public / privé
Organisation des réseaux régionaux :
3. Quelle place pour les différentes professions de la naissance ?
Suivi de la grossesse
Suivi du travail et de laccouchement
Réanimation en salle de naissance
Suites de couches
La liste des questions pourra évoluer au gré des confrontations et débats entre les différents partenaires au sein des groupes de travail.
Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français
Voir aussi Le Monde du 3 décembre 2002 qui reprend divers éléments de cette conférence de presse et du "Point de presse" qui a eu lieu lors des 23e Journées nationales
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