CNGOF

Le Président
 et le Bureau du Collège
"en direct"

 11.03.2003

LETTRE OUVERTE À MONSIEUR LE PROFESSEUR
JEAN-FRANCOIS MATTEI

Le 11 mars 2003,

Monsieur le Ministre,

Les 2 millions de femmes signataires de la pétition menée depuis quatre ans par le Comité de Défense de la Gynécologie Médicale pensent avoir eu gain de cause en obtenant la parution au Journal Officiel du 1er février 2003 de la création d’un DES distinct de Gynécologie Médicale.

Non seulement le contenu de cette pétition était inexact (puisqu’elle affirmait entre autres qu’il n’y aurait plus d’accès direct au gynécologue, et que depuis la suppression du CES de Gynécologie Médicale en 1984 il n’y avait personne pour prendre leur relève), mais le contenu de ce nouveau DES est un désastre ; les femmes de France n’ont rien à y gagner, et la santé publique a tout à y perdre.

Le monde médical, initialement sensible aux arguments de cette pétition, et tout en reconnaissant la qualité du travail effectué par les gynécologues médicaux, s’est permis de vérifier ce qui se passait sur le terrain. La conclusion de cet examen est sans appel ; la création d’un DES distinct de Gynécologie Médicale est à la fois inutile et néfaste.

La menace est réelle de voir balayé d’un revers de signature ministérielle les avis consultatifs officiels aux cours desquels ont été exposés les arguments de démographie actuels et à venir, de qualité de formation et d’uniformisation européenne, ainsi que de santé publique.

C’est pour cette raison, Monsieur le Ministre, que les instances médicales suivantes, unanimes et représentatives, tiennent à vous répéter les raisons de leur opposition à cette filière :

1) Ce diplôme ne se justifie pas en termes de santé publique et de démographie médicale

2) Cette maquette et cette filière sont néfastes pour l’ensemble des médecins en formation, spécialistes ou non, c’est-à-dire pour :

a/ les futurs candidats à ce diplôme

Malgré l’ouverture importante depuis 2 ans de stages de gynécologie obstétrique à la fois en CHU et en hôpital périphérique, la capacité de formation dans ces services est désormais saturée. Il n’y a pas, en France, assez de terrains de stages formateurs de gynécologie médicale et de gynécologie obstétrique pour les internes de gynécologie obstétrique, et il sera impossible d’en trouver des supplémentaires pour y intégrer les internes de gynécologie médicale. La formation des futurs gynécologues médicaux serait bradée, tout en portant atteinte à celle des futurs gynécologues obstétriciens.

b/ les autres spécialités

La pénurie de médecins en formation est telle qu’il existe déjà des situations critiques dans de nombreuses spécialités ; il n’y a pas aujourd’hui et pour plusieurs années assez d’internes pour couvrir les besoins. Il est clairement démontré que la création d’une filière de gynécologie médicale se ferait au détriment de spécialités déjà sinistrées.

c/ les résidents en médecine générale

Depuis 1999, les résidents ont l’obligation d’effectuer un stage en gynécologie. Pour les mêmes raisons que celles citées précédemment, ils ont du mal à accéder à ces stages formateurs. La création d’un DES de gynécologie médicale les ferait entrer en concurrence directe avec les internes de gynécologie médicale. Les futurs généralistes n’auraient pas une formation en gynécologie performante.

3) Ce diplôme ne sera jamais reconnu dans les autres pays d’Europe

Les spécialistes qui exercent la gynécologie médicale dans tous les autres pays de l’Union Européenne sont gynécologues obstétriciens de formation. Aujourd’hui, les médecins français titulaires d’un CES de gynécologie médicale n’ont pas le droit d’exercer la gynécologie à l’étranger.

Les instances européennes de gynécologie confirment que :

— non seulement elles n’ont aucunement l’intention de s’aligner sur ce diplôme français
— mais elles refuseront le droit d’exercer la gynécologie aux médecins titulaires de ce DES

4) La France débute une crise démographique médicale majeure

Il paraît donc urgent de concentrer les médecins en formation sur des spécialités en crise, et d’éviter de disperser les énergies en créant inutilement un diplôme de piètre qualité qui ferait double emploi.

POUR TOUTES CES RAISONS NOUS VOUS DEMANDONS, MONSIEUR LE MINISTRE, DE :

LA VÉRITABLE SANTÉ DES FEMMES EN DÉPEND.

Nous vous prions de croire, Monsieur le Ministre, en l’expression de nos sentiments respectueux.

Marie COSTES (présidente de l’Association Nationale des Etudiants en Médecine de France)
Olivier GUERIN (président de l’Inter Syndicat National des Internes Hospitaliers)
Isabella CHANAVAZ-LACHERAY (vice présidente de l’Association des Gynécologues et Obstétriciens en Formation)
Anthony ANNEREAU (président de l’Inter Syndicale Nationale Autonome des Résidents)
André NAZAC (président de l’Inter Syndicat National des Chefs de Clinique Assistants)
Professeur Bernard BLANC (président du Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français)
Dr Pierre COSTES (président de MG France)
Dr Michel COMBIER (président de l’Union Nationale des Omnipraticiens Français)
Dr David FARIA (président du Syndicat National des Jeunes Médecins Généralistes)
Pr Jacques LANSAC ( European Board of Colleges in Obstetrics and Gynaecology)
Dr Jacky NIZARD (European Network of Trainees in Obstetrics and Gynaecology)

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Voir aussi le communiqué du CNGOF du 14 février 2003

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