Le CNGOF a étudié attentivement la publication de l’OMS classant les oestro-progestatifs utilisés en contraception orale et en traitement médical de la ménopause parmi les substances cancérigènes de groupe I, c’est-à-dire dont on est sûr que la prise augmente le taux de cancers dans l’espèce humaine. Il a également lu les recommandations de l’AFSSAPS d’octobre 2005 et les différentes publications récentes sur ce sujet.
Le CNGOF rappelle que :
- La prise de tous les médicaments est susceptible d’entraîner des effets délétères.
- La prescription des médicaments par le médecin prescripteur consiste à évaluer les bénéfices et les risques en prenant en compte les antécédents, en particulier familiaux, et la situation personnelle de la patiente.
- La prescription ne peut se faire qu’après avoir informé la patiente des avantages et inconvénients des médicaments et s’être assuré de son consentement.
- Le résultat global net pour la santé publique nécessite une analyse rigoureuse des autres paramètres que sont les modifications d’autres pathologies, les avantages d’examens médicaux réguliers liés au suivi de la prescription, aux possibilités de mesures de prévention ou de dépistage.
En ce qui concerne le traitement de la ménopause
Le CNGOF rappelle les recommandations faites avec l’ANAES en 2004 :
- La ménopause n’est pas une maladie mais le traitement hormonal est un médicament qui a des indications, des contre-indications et des effets indésirables. Il doit être prescrit par un médecin et pour une durée limitée, en général inférieure à 5 ans.
- En l’absence de troubles liés à la ménopause, ce qui est fréquent (30 % des femmes environ), il n’y a pas lieu de prendre de traitements hormonaux dont les risques - en particulier en matière d’augmentation du risque de cancer du sein ou d’accidents cardio-vasculaires - ne sont pas associés à un bénéfice, le traitement hormonal n’étant malheureusement pas une panacée dans la lutte contre le vieillissement.
- Ne pas prendre de traitement hormonal ne fait pas éviter tout risque de cancer ou d’accidents thromboemboliques ou cardiovasculaires, dont l’incidence augmente avec l’âge.
- Le traitement hormonal est le traitement de loin le plus efficace contre certains troubles de la ménopause (bouffées de chaleur, sécheresse vaginale, sudations nocturnes). Il est également efficace pour la prévention de certaines fractures survenant à la ménopause. Elles sont cependant peu fréquentes avant 60 ans et des alternatives peuvent être proposées.
- Le traitement à base d’oestrogènes seuls augmente le risque de cancer de l’endomètre et nécessite la prescription conjointe de progestérone pour l’éviter.
- La prescription d’un traitement oestro-progestatif augmente légèrement le taux de cancers du sein (risque 1,2 au lieu de 1) s’il est pris plus de 5 ans. En revanche, il fait baisser de moitié le taux de cancers du colon. Il convient de souligner que le sur-risque de cancer du sein disparaît 5 ans après l’arrêt du traitement. L’utilisation de la progestérone naturelle micronisée à la place d’un progestatif de synthèse paraît ne pas augmenter le risque de cancer du sein (Étude française E3N).
- Si la patiente n’a plus d’utérus, la prise d’un traitement à base d’oestrogènes seuls ne semble pas augmenter le risque de cancer du sein. L’utilisation d’un oestrogène par voie transcutanée ou nasale est préférable car entraînant mois d’accidents thrombo-emboliques (Etude Esther).
En conclusion, le CNGOF souligne que tous les médicaments ont des effets bénéfiques mais aussi des contre-indications et des effets délétères. Si le risque de cancer du sein est faiblement augmenté par les traitements hormonaux expliquant le classement de l’OMS de ces produits parmi les produits cancérigènes, il ne faut pas perdre de vue qu’ils ne sont pas les seuls facteurs de carcinogénèse.
L’abandon du traitement hormonal de la ménopause par les femmes ne les protégerait pas contre le cancer du sein, en augmentation dans nos pays du fait de l’allongement de la durée de la vie, du recul de l’âge à la première naissance, de nos habitudes alimentaires. Cet abandon ferait aussi perdre les avantages pour la santé des femmes du fait des examens systématiques et de dépistage du cancer du col, du sein, du colon mais aussi du diabète, de l’hypertension, réalisés à l’occasion de la prescription de ces traitements .
Les risques liés à la prescription hormonale doivent être évalués par le médecin en fonction des troubles dont se plaint la femme. En l’absence de troubles, il n’y a aucun bénéfice à prescrire des hormones qui, par ailleurs, ont comme tous les médicaments des effets iatrogènes.
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