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27.12.2001
de nombreux futurs parents de jumeaux sont très inquiets quant au mouvement d'arrêt d'échographie prévu à compter du 1er janvier 2002. En effet, il ne se passe pas une journée sans que l'on rappelle à ces familles que la grossesse est à risque, que la croissance des foetus doit etre surveillée (notament dans le cas très particulier des grossesses monochoriales monoamniotiques).
se dirige t on sur une grève à deux vitesses où ces cas particuliers de grossesse multiple seront tout de même suivi?
deuxième question: comme les échographies princeps ne seront plus faites, quid du dépistage précoce d'une grossesse multiple, element essentiel dans la prévention de la prématurité????? aurez vous donc sur la conscience non pas des erreurs (ou tout simplement des impossibilités de diagnostic, puisque de toute manière on ne dépiste que 60 % des anomalies) mais tout simplement le poids de la naissance trop prématurée d'enfants qui eux ne demandaient qu'à vivre?????
cordialement
Cécile Le Page -journaliste médical mensuel jumeaux infos
CPLeP@aol.com
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27.12.2001
Chère madame,
A propos des menaces d'arrêt des échographies, vous avez publié une lettre de protestation concernant la survellance des grossesses gémellaires. La lecture de votre missive montre bien la difficulté d'information à laquelle nous sommes confrontés.
La situation actuelle est le fruit d'une dérive médico-judiciaire excessive qui ne craint pas de mettre en péril le système de santé pour la résolution de cas individuels délicats et préoccupants. La surveillance des grossesses vise à réduire les accidents maternels et néonataux, ce qui est considéré comme un progrès historique puisque les résultats périnatals, en Europe, sont les meilleurs de l'histoire de l'humanité. Regardons l'état des faits en Afrique où la mortalité maternelle est 100 fois plus importante qu'en Europe...
Réduire les complications périnatales n'aboutira jamais, malheureusement, à supprimer handicaps ou séquelles. L'enfant parfait n'est qu'un mythe ou un fantasme. Rappelons que malgré les "progrès" techniques de la surveillance obstétricale, le taux d'infirmité motrice cérébrale (IMC) est stable depuis plus de 30 ans : 1 pour 1000 naissances. Bien sûr, la naissance d'un handicapé est un drame pour les parents qui vont rencontrer moult difficultés pour assurer une vie digne pour leur enfant. La solidarité nationale est bien défaillante en ce domaine.
Alors pourquoi cette agitation autour de l'échographie, du diagnostic prénatal et de la surveillance des grossesses ? Parce que la société est intolérante et n'admet plus la différence, particulièrement la vie des handicapés. Alors les plaintes judiciaires se multiplient et les recours aboutissent à la Cour de Casssation. Et le système de santé s'effondre...
Les colossales indemnités imposées aux assurances médicales, en lieu et place de la solidarité nationale, entraîne imanquablement un enchérissement considérable des contrats d'assurance des échographistes. Il faut savoir qu'aucun des grands groupes d'assurances n'accepte, à ce jour, d'assurer les gynécologues-obstétriciens ou les échographistes. Les assurances spécialisées sont contraintes d'augmenter leur tarif qui sont multipliés par 3 à 10 ! A ce prix, l'activité professionnelle, dont le tarif est réglementé par la Sécurité Sociale, n'est plus "rentable". Aucun professionnel ne travail à perte. L'échographie obstétricale disparait donc.
Mais pourquoi le droit introduit-il deux notions perverses : l'obligation de résultats au lieu de l'obligation de moyens, et la responsabilité des médecins dans l'existence du handicap ? Le premier point est illusoire : comment peut-on affirmer la "normalité" d'un individu ? Le second est fallacieux : les aléas de la fécondation et de la gestation ne sont pas conséquences des actes médicaux, mais des hasards de la vie. Tout au plus, peut-on admettre que les médecins s'efforcent de répérer les anomalies, avec des moyens relatifs et imparfaits, pour informer les parents ce qui autorise les parents à demander une interruption de grossesse lorque le loi le permet.
L'échographie de dépistage qui s'adresse aux grossesses apparement normales, risque de disparaître si la société, les politiques, n'y prennent garde. Voulez-vous garder cette pratique qu'il faut modifier la loi pour se garder des dérives perverses observées. Mais l'échographie de diagnostic, face à des symptômes anormaux, n'est pas remise en cause. Nous ferons toujours des échographies devant des pathologies obstétricales.
Enfin prévenir la prématurité reste un objectif de santé publique. Mais, il faut garder à l'esprit que la prématurité est inéluctable et source, aussi, d'enfants handicapés, même dans les meilleurs conditions de prise en charge obstétricale.
Alors, le mouvement d'arrêt des échographies ne s'oppose pas aux femmes enceintes. Il vise à remettre les choses en place. Si le public considère que la surveillance actuelle des grossesses, avec les échographies et les axamens de dépistage, doit être conservée, il doit exiger des pouvoir publiques et des parlementaires une loi organisant sereinement et sérieusement cette pratique et assurant, au titre de la solidarité nationale, une prise en charge digne, afficace et accessible des handicapés.
J'espère que vous pourrez diffuser ces précisions pour la persistance du systéme périnatal.
Cordialement,
Dr Bernard MARIA,
Président du CNGOF.