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20.04.2003

Manifeste des sages-femmes

Nous affirmons aujourd’hui réunies dans un large consensus que les choix annoncés par nos gouvernants en matière de politique périnatale sont erronés et aggravent les problèmes au lieu d’y remédier

Si globalement, l’insatisfaction générale des professionnels travaillant en flux tendu dans le secteur hospitalier est riche de crises à venir, les restructurations annoncées renforcent le sentiment d’un déni de l’importance de la naissance pour le devenir d’un enfant, d’une femme, d’un couple et d’une famille.

Paradoxalement, l’hyper médicalisation systématique a en effet réduit l’offre de soins et d’accompagnement au minimum, en faisant disparaître la dimension préventive, éducative et sociale du champ de la naissance (préparations à la naissance inadaptées ou supprimées, consultations expédiées, suivi des suites de couches indigne des besoins pourtant bien connus pour cette période de la vie). C’est oublier que ces familles sont la base de notre société et de notre devenir et que c’est pour elles que les professionnels travaillent et que le système périnatal devrait être organisé.

Nos penseurs semblent avoir oublié que les familles ont des droits, notamment celui de choisir les conditions de la mise au monde de leurs enfants et que nous avons le devoir de répondre à leurs besoins.

Ces constats sont la conséquence de choix politiques

En France, il a été choisi de considérer le processus de la naissance comme pathologique jusqu’à preuve du contraire prenant à contre-courant la logique développée dans les nombreux pays qui obtiennent de meilleurs résultats épidémiologiques pour un moindre coût (le processus de la naissance étant considéré chez eux comme normal jusqu’à preuve du contraire, au moins 80% des grossesses et des accouchements étant physiologiques)

On a voulu faire croire que l’unique garantie de la sécurité se réduisait à la concentration des moyens dans des structures hospitalières gigantesques alors qu’elle est d’abord dépendante de la conception du suivi de la grossesse et de l’accouchement

Cette inversion des priorités nuit à toute politique ciblée sur le dépistage et la prévention des risques obstétricaux alors que toutes les enquêtes montrent combien un suivi de mauvaise qualité peut avoir des conséquences néfastes pour la naissance

L’incapacité à organiser un traitement séparé du risque et de la physiologie explique pourquoi les sages-femmes, quel que soit leur mode d’exercice, n’ont jamais disposé en France, d’un levier essentiel, à savoir, l’autonomie indispensable pour exercer, en tant que groupe, leur véritable mission professionnelle : suivre la majorité des grossesses en dépistant celles qui sont à risque et en accompagnement jusqu’au bout, y compris la naissance, celles qui demeurent dans la normalité.

Or, c’est la définition et la reconnaissance de la place des sages-femmes qui partout ailleurs a rendu possible un partenariat efficace avec les autres professionnels de la naissance afin que fonctionne une véritable politique de dépistage et de prévention des risques obstétricaux et psychosociaux. En ne reconnaissant pas clairement les sages-femmes comme une des professions de référence pour la grossesse physiologique, on a laissé se créer volontairement une pénurie qu’aujourd’hui on déplore.

Enfin les décrets qui organisent le transfert ante natal des femmes à risque presque exclusivement vers le secteur public ont eu pour conséquence directe de concentrer l’activité des obstétriciens du secteur privé sur les grossesses physiologiques. Les effets indirects sont d’aggraver la pénurie des obstétriciens dans le champ de l’obstétrique pathologique qui est le leur tout en les laissant moins disponibles pour leurs autres activités spécifiques que sont la recherche, la procréation médicalement assistée, la chirurgie gynécologique.

Cette crise n’est pas une fatalité

La périnatalité est un enjeu de société, nous en sommes tous responsables, les femmes, les familles et tous les professionnels de la naissance. Mais pour pouvoir exercer chacun notre mission, nous demandons aux pouvoirs publics de revoir ses choix politiques.

Les états généraux de la naissance en juin prochain ne doivent pas se borner à être un alibi pour valider les décisions déjà annoncées. Ils doivent permettre un réel débat démocratique. Pour ce faire, ils doivent donner la parole de façon équitable aux différents professionnels de la naissance ainsi qu’aux " usagers "de façon à prendre en compte leur connaissance des réalités du terrain, les besoins de santé publique, les aspirations des parents

Pour rétablir une confiance réciproque entre les différents interlocuteurs, pour que les familles puissent accueillir le plus sereinement possible leur enfant, nous refusons de pousser jusqu’à l’absurde la situation actuelle et proposons à l’inverse de rétablir des véritables partenariats basés sur la reconnaissance des compétences de chacun d’ou résultera une distribution logique des tâches entre les différents professionnels

Pour cela nous ferons les propositions suivantes :

Les espaces ainsi définis et garantis par l’Etat rendront possible un partenariat efficace entre les professionnels, à moindre coût pour les finances publiques et surtout pour le plus grand bénéfice des femmes et des enfants à naître

Le 13 avril 2003

Ce texte a été élaboré par les représentantes des différentes organisations professionnelles des sages-femmes à l’initiative de la coordination nationale des sages-femmes qui a assuré l’organisation et la logistique du groupe.

ASSOCIATIONS
Par ordre alphabétique

Association Nationale de Formation Initiale et Continue des Sages-Femmes
Association Nationale des Sages-Femmes Hospitalières des Etablissements Publics et Privés
Association Nationale des Sages-Femmes Libérales
Association Nationale des Sages-Femmes Territoriales
Coordination Nationale des Sages-Femmes
Fédération Nationale des Associations de Sages-Femmes

SYNDICATS
Par ordre alphabétique

ONSSF
UFMIC-CGT
UNSFF

Avec la collaboration de Madame Françoise Bicheron, sage-femme libérale, de Madame Jacqueline Gironna ,sage-femme directrice d’école de sages-femmes,retraitée -, de Madame Cécile Lothon-demerliac sociologue et sage-femme,

sidonie.sagefemme@wanadoo.fr

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