| Les conclusions en version intégrale ("texte court"). | ||
| Les textes complets rédigés par les experts et la bibliographie sont réunis dans le numéro spécial du JOURNAL DE GYNÉCOLOGIE OBSTÉTRIQUE ET BIOLOGIE DE LA REPRODUCTION - J Gynecol Obstet Biol Reprod 2003; 32 (supplément au n°7): 3S6-3S112. | ||
Comité dorganisation :
P. Madelenat (Président), F. Goffinet (Coordonnateur), M. Dreyfus.
Experts du groupe de travail :
Y. Ardaens (Lille), J. Bouyer (Paris), C. Canis (Clermont-Ferrand), M. Cosson (Lille), A. Fauconnier (Poissy-St-Germain), A. Gervaise (Ivry), O. Jourdain (Bordeaux), P. Monnier-Barbarino (Nancy), D. Riethmuller (Besançon), C. Rongières (Strasbourg).
Lecteurs :
F.-X. Aubriot (Paris, cabinet privé), J. Bréhéret (Niort, CH), A. Cayol (Brive, clinique), L. Cravello (Marseille, CHU), J. Créquat (Paris, cabinet privé), E. Daraï (Paris, CHU), H. Fernandez (Clamart, CHU), A Fignon (Tours, clinique), O. Garbin (Schiltigheim, CHU), R. Jeny (Saint-Maurice, CH), G. Magnin (Poitiers, CHU), H. Marret (Tours, CHU), C. Nahmanovici (Nice, cabinet privé), I. Nisand (Strasbourg, CHRU), F. Olivennes (Paris, CHU), P. Rozenberg (Poissy, CHI), D. Tardif (Annecy, CH), F. Vendittelli (Grenoble, CHU).
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L'épidémiologie des grossesses extra-utérines (GEU) distingue les cas observés chez des femmes utilisant une contraception (échec de contraception) de ceux survenus sans contraception (échec de reproduction). Après une forte augmentation entre 1970 et 1990, l'incidence de la GEU a décru globalement pendant une dizaine d'années. Actuellement, la tendance nest pas univoque puisque lincidence augmente chez les femmes sans contraception alors quelle diminue chez les autres (NP3)1. Lincidence actuelle est de lordre de 2 GEU pour 100 naissances (NP3). Trois quarts des GEU sont ampullaires.
Chez les femmes sans contraception, les deux principaux facteurs de risque de GEU sont dune part les antécédents d'infection génitale ou de chirurgie tubaire et dautre part le tabac (NP3).
Le dispositif intra-utérin (DIU) nest pas un facteur de risque de GEU, mais il prévient moins bien la GEU que la grossesse intra-utérine (NP3). Il nexiste pas de données fiables permettant de comparer les risques de GEU selon que le DIU est inerte ou interfère avec le climat hormonal.
La mortalité par GEU est faible en France où elle est de lordre dun cas annuel déclaré. Dans ce contexte, la prise en charge psychologique devient un enjeu relativement plus important. La morbidité immédiate est dominée par les risques liés à une rupture tubaire (transfert en réanimation, transfusion) ; elle est toutefois très mal documentée.
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Dix à 20 % des femmes enceintes vont présenter des symptômes anormaux (métrorragie ou douleurs) en début de grossesse ; parmi elles une certaine proportion (5 à 30 %) seront effectivement atteintes dune GEU. Dans cette situation, lexamen clinique, insuffisamment fiable, risque de conduire à des erreurs diagnostiques. Il permet toutefois de déterminer les patientes devant bénéficier de procédures complémentaires et de préciser le degré durgence.
Linterrogatoire est important car la probabilité de GEU augmente sil découvre des facteurs de risque : antécédents de GEU, de chirurgie ou de pathologie tubaire avérée, exposition in utero au diéthylstilbstrol (Distilbène®), tabac (NP3). Linformation de lexistence dun retard de règles manque dans 20 à 50 % des GEU (NP4). Les métrorragies orientent vers une évolution anormale de la grossesse, mais leurs caractéristiques ne sont pas spécifiques de la GEU (NP4).
Aucune séméiologie douloureuse nest spécifique (NP4), la douleur pouvant même être absente. Trois signes cliniques semblent contributifs au diagnostic : la douleur à la mobilisation utérine, la douleur à la décompression ou la défense abdominale (NP3). Aucun des signes ou des symptômes qui ont pu être décrits na de valeur prédictive négative suffisante pour éliminer le diagnostic de GEU (NP3). À linverse, la présence dun de ces trois signes doit faire suspecter une rupture tubaire jusquà preuve du contraire, de même que lexistence de scapulalgies, de lipothymies ou dinstabilité hémodynamique. Cela justifie alors un transfert sans retard en milieu spécialisé. En labsence de ces signes, la prise en charge diagnostique peut être réalisée en ambulatoire.
Devant lun de ces signes évocateurs de GEU, affirmer la gravidité est fondamental car sa méconnaissance est à lorigine de lerreur diagnostique (NP4). Le test de grossesse, essentiel au dépistage des GEU, devrait être réalisé avant toute autre procédure (NP3). Les tests urinaires, dont on connaît lavantage en termes de rapidité, ont prouvé leur fiabilité, avec une bonne sensibilité et une bonne spécificité (NP2).
La voie vaginale améliore la rapidité et la sensibilité du diagnostic, permettant dans plus de 2/3 des cas de découvrir la GEU avant la rupture tubaire (NP4). Elle permet surtout la quasi-exclusion du diagnostic de GEU si elle localise luf dans la cavité utérine.
Lévocation ou la confirmation échographique dun processus gravidique se fait sur la constatation des images dun corps jaune et dun endomètre décidualisé. Le pseudo-sac gestationnel, qui est central, est entouré par une couronne endométriale simple, à linverse de luf intra-utérin, caractérisé par une localisation excentrée et une structure comportant une double couronne trophoblastique. La présence dun embryon ou dune vésicule ombilicale au sein dun sac ovulaire intra-utérin permet dexclure la GEU, en dehors du contexte de lassistance médicale à la procréation (AMP) (NP4).
En cas de doute, léchographie doit être confrontée au dosage plasmatique quantitatif dhCG. Les seuils discriminants pour visualiser un sac gestationnel intra-utérin sont de 1 500 mUI/ml par voie vaginale pour léchographie vaginale et de 2 500 mUI/ml pour léchographie par voie abdominale (NP3). Une cavité utérine vide par voie sus-pubienne impose de recourir à la voie vaginale. Lassociation dun taux dhCG supérieur à 1 500 mUI/ml avec labsence de sac intra-utérin oriente fortement vers le diagnostic de GEU (NP3).
En labsence de grossesse intra-utérine évidente, des signes dectopie doivent être recherchés. Seuls 10 à 20 % des diagnostics sont réalisés par la visualisation directe dun sac gestationnel extra-utérin comportant ou non un embryon. Lexamen Doppler na pas de valeur diagnostique prouvée (NP5). Lhématosalpinx, masse latéro-utérine échogène distincte de lovaire porteur du corps jaune, serait visible dans plus de 80 % des GEU avec une spécificité denviron 90 % (NP4). La présence de liquide dans le péritoine, évoquant un hémopéritoine, est retrouvée dans 65 % des GEU. Ce signe naffirme pas le diagnostic de GEU car il accompagne 25 % des grossesses intra-utérines ; absent il ne lexclut pas.
Dans le cas particulier de lAMP, lobservation attentive des annexes simpose, même si un ou plusieurs ufs intra-utérins sont visualisés. En effet, 1 à 3 % de ces grossesses comportent un uf hétérotopique. La visualisation de luf ectopique est plus difficile car les ovaires sont stimulés, lépanchement fréquent et les trompes souvent anormales.
Dans 15 à 20 % des GEU, aucun signe échographique nest visible au premier examen. Il convient de répéter lexamen 48 à 72 heures plus tard en dehors dun contexte durgence clinique.
Le dosage dhCG plasmatique est le test fondamental. À la valeur seuil de 1 500 mUI/ml, la non-visualisation dun sac intra-utérin évoque fortement la GEU (NP3). En dessous de ce seuil, léchographie étant peu informative, la répétition des dosages après un délai de 48 heures dans un même laboratoire permet la comparaison des taux. La stagnation ou la faible progression du taux évoque la GEU sans cependant laffirmer. Toutefois, sa progression normale (doublement du taux à 48 heures) nélimine pas la GEU. Quelles que soient les circonstances, la confrontation de lévolutivité biologique et de lévolutivité échographique est indispensable. Linterprétation des dosages dhCG dans le contexte de lAMP est infiniment plus complexe et ne répond pas aux critères précédemment explicités
La progestéronémie est un bon marqueur de la vitalité ovulaire au seuil de 20 ng/ml, mais elle na pas de valeur localisatrice du processus gravidique (NP3). En dessous de ce seuil, elle est peu performante dans le diagnostic différentiel entre GEU et grossesse intra-utérine non viable (NP3). Après AMP, le dosage de progestéronémie na pas dintérêt. Au total, sur un plan diagnostique, il ny a pas dintérêt prouvé à utiliser le dosage plasmatique de la progestérone.
Les dosages dstradiolémie, créatine kinase, CA-125, fibronectine cervicovaginale, inhibine, des molécules à tropisme vasculaire (VEGF) ou dautres molécules dorigine trophoblastique (PAPP-A) nont aucune valeur diagnostique.
La culdocentèse, de par sa simplicité, est un recours lorsque le dosage dhCG et léchographie ne sont pas disponibles.
Lanalyse dun produit de curetage en solution saline à la recherche de villosités choriales est peu sensible (70 %) et labsence de matériel trophoblastique ne permet pas le diagnostic formel de GEU. Lutilisation dune canule daspiration, moins invasive, naméliore pas la sensibilité du dépistage.
Les techniques dimagerie comme lhystéroscopie et lhystérosonographie nont pas démontré leur intérêt à ce jour.
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Il est aujourdhui cliochirurgical puisque les avantages de lendoscopie sur la laparotomie sont démontrés en termes de pertes sanguines, de consommations analgésiques post-opératoires, de durée dhospitalisation et de convalescence (NP2). Le risque adhérentiel est moins important après clioscopie (NP3).
Les seules indications actuelles de la laparotomie sont : les contre-indications générales et locales de la clioscopie, les conversions secondaires pour difficulté dhémostase et, plus relativement, limportance de lhémopéritoine. La concertation entre chirurgien et anesthésiste est un élément important du choix de la voie dabord (NP4).
Lors des étapes initiales du traitement cliochirurgical, la toilette abdominale et ladhésiolyse sont recommandées, mais leur intérêt en termes de fertilité ultérieure nest pas démontré (NP5).
La salpingotomie laparoscopique transampullaire est le traitement classique de la GEU (NP5). Son alternative est la salpingectomie. Le choix entre traitement radical et conservateur se fonde avant tout sur limportance des lésions tubaires, bien que la sévérité de celles-ci ne soit pas une indication formelle à un geste radical (NP3). Lâge de la patiente et son désir de grossesse sont des éléments importants de la discussion (NP3).
En cas de traitement conservateur par clioscopie, la persistance de trophoblaste est un risque faible mais supérieur à celui observé après traitement par salpingectomie ou par salpingotomie laparotomique (NP4). Il est reconnu sur le pourcentage de décroissance du taux dhCG estimé dès le deuxième jour post-opératoire (NP3). La suture de la trompe na pas apporté la preuve de son intérêt (NP4).
Le traitement radical naltère pas la fonction ovarienne (NP4). Il ne diminue pas le risque de récidive de grossesse ectopique (NP3).
Le traitement médical est une alternative raisonnable au traitement chirurgical. Ce traitement repose sur le méthotrexate. Il est recommandé dutiliser le schéma en dose unique par voie intramusculaire (IM) : les doses recommandées sont de 1 mg/kg. Le schéma à doses multiples (4 injections à J0, J2, J4, J6) a des résultats comparables en termes de succès, mais il comporte un taux deffets secondaires trois fois plus élevé (NP3).
Ladministration de méthotrexate in situ sous échoguidage pourrait avoir un meilleur taux de succès que la voie IM, mais les travaux publiés ne permettent pas de conclure. Ladministration du méthotrexate par voie clioscopique est proscrite en dehors de certaines localisations (grossesses cornuales).
La place de ladjonction de la mifépristone est encore du domaine de lévaluation.
En cas dadministration de méthotrexate au cours dune grossesse intra-utérine évolutive, il ny a pas lieu de pratiquer une interruption médicale de grossesse, mais la surveillance échographique ultérieure est essentielle (NP5).
La surveillance de la décroissance des taux dhCG après traitement médical dune GEU devrait se faire en ambulatoire (NP4). Le praticien peut saider dune courbe dinvolution spécifique du traitement médical, mais sa pertinence demande à être confirmée. Une décroissance anormalement lente incite à des thérapeutiques additionnelles, soit dans la poursuite dune logique médicale (répétition des injections de méthotrexate), soit dans un recours de deuxième intention à la chirurgie.
Les algies pelviennes succédant à ladministration de méthotrexate sont fréquentes, traduisant un remaniement nécrotique de lhématosalpinx. Bien quelles amènent à discuter la possibilité dune fissuration tubaire, elles ne doivent pas conduire à une clioscopie systématique.
Les taux de succès (involution du processus gravidique), rapportés dans les différentes études, du traitement médical (65 à 95 %) et du traitement chirurgical conservateur (72 à 95 %) sont très hétérogènes, traduisant les différences dans les critères dinclusion et dans la définition des échecs. Dans les circonstances où le choix entre le traitement médical et le traitement chirurgical est licite du fait de leur efficacité comparable, linformation et le désir de la patiente sur les contraintes respectives de ces deux méthodes est un paramètre essentiel du choix (NP5).
Certains facteurs nincitent pas au choix du traitement chirugical :
Dans les conditions précédemment explicitées où le traitement médical est recommandé (faible taux dhCG, caractère pauci-symptomatique), lalternative de labstention thérapeutique peut être envisagée. À ces conditions initiales nécessaires devrait sajouter la décroissance du taux dhCG à 48 heures (NP3). Les autres critères (score pré-thérapeutique, taux de progestérone) sont plus discutés.
La surveillance secondaire en cas dabstention repose sur les dosages dhCG jusquà leur négativation complète. Une stagnation du taux dhCG et, a fortiori, une ascension imposent labandon de lexpectative. Dans le respect de ces indications limitées, le taux de succès serait voisin de 70 % (NP3). En outre, dans ce contexte, il nest pas démontré une efficacité inférieure à celle du méthotrexate (NP3). Labstention évite la prise en charge erronée de femmes présentant une fausse couche spontanée.
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Une partie des études ayant analysé la fertilité sont difficiles à interpréter (nombre de perdues de vue, incertitude sur le désir ultérieur de grossesse).
Le taux global de grossesses (spontanées ou assistées) dans les deux ans qui suivent une grossesse extra-utérine est denviron 60 %. Le taux de récidives de GEU oscille entre 10 et 30 % selon la durée de suivi.
Les facteurs les plus associés à la fertilité ultérieure sont létat de la trompe controlatérale, lexistence dautres facteurs dinfertilité et lâge de la femme. Après prise en compte de ces facteurs, il semble que le taux de grossesses soit comparable selon que le traitement est radical ou conservateur. Le taux de récidives semble plus faible en cas de traitement clioscopique quen cas de laparotomie (NP3).
Les rares données comparant le traitement médical par voie locale et par voie générale ne constatent pas de différence sur la fertilité. La prise en charge en AMP après GEU est déterminée avant tout par létat de la trompe controlatérale, lexistence de facteurs dinfertilité associés et lâge de la femme.
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Ces ectopies gravidiques étant très rares, les séries rapportent au mieux quelques cas.
Même si ces localisations sont distinctes sur le plan anatomique, leur diagnostic différentiel est rarement facile. Il repose presque toujours sur la clioscopie. Les risques de rupture, entraînant une hémorragie potentiellement importante, sont élevés. Leur prise en charge thérapeutique est comparable.
Le traitement de la grossesse interstitielle est classiquement chirurgical. La clioscopie est largement utilisée par les équipes entraînées, une laparotomie restant licite dans les cas évolués. Alors que la résection cornuale semble être systématique en cas de laparotomie, en cas de traitement clioscopique, plusieurs techniques conservatrices ont été décrites. Parmi celles-ci, le traitement médical in situ par méthotrexate a été rapporté avec succès par certaines équipes (NP4). Cest la seule indication du traitement médical par voie clioscopique. En cas de non-involution du processus gravidique, un traitement chirurgical simpose (NP5).
Son diagnostic est souvent clioscopique. Toutefois, cet examen ne permet pas de préjuger du caractère primaire ou secondaire de la localisation. Le traitement chirurgical reste la référence et la clioscopie avec conservation de lovaire doit être favorisée. Le méthotrexate peut être utilisé en complément du traitement cliochirurgical.
Son diagnostic est parfois difficile même en échographie. Lors de diagnostics très précoces (avant 6 SA), les méthodes dablation électives semblent donner de bons résultats avec peu de complications (hystérorésection, ablation à la pince ou aspiration).
Sur des grossesses plus évoluées, la référence semble être le méthotrexate, in situ pour certains, auquel certains associent un fticide en cas de grossesse embryonnée avec activité cardiaque. En cas de métrorragies importantes, le curetage cervical associé à une méthode de tamponnement (cerclage ou sonde de Foley) peut être employé. Lembolisation sélective est un recours en cas de persistance des saignements après utilisation préalable dune autre méthode. Certains lont même proposée en première intention.
La grossesse abdominale, plus fréquente dans les pays en voie de développement, est exceptionnelle (1,3 % des GEU). Cest une situation à très haut risque qui nécessite généralement une laparotomie permettant un meilleur contrôle vasculaire. Lexérèse du placenta est difficile, voire dangereuse, et il faut y renoncer dans la majorité des cas. Dans cette situation, le méthotrexate en post-opératoire et lembolisation préventive ne sont pas évalués.
Paris, le 28 novembre 2003
Pr P. Madelenat
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